Avon, ville des « Justes de France »

75e anniversaire de la mort du Père Jacques

Le 2 juin 2020, s’est déroulée au Couvent des Carmes une cérémonie honorant la mémoire du Père Jacques à l’occasion du 75e anniversaire de sa mort, survenue le 2 juin 1945 à Linz, près du camp du Güsen.

En reconnaissance de ses actes de bravoure lors de la Seconde Guerre mondiale, le Père Jacques, directeur du Petit Collège des Carmes d’Avon de 1934 à 1945, a reçu le titre de « Justes parmi les nations » en 1985. Il s’agit de la plus haute distinction civile décernée au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem à des personnes qui ne sont pas de confession juive et qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre, souvent au péril de leur vie.

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75e anniversaire de la mort du Père Jacques / Couvent des Carmes - Avon

Avon, commune membre du réseau « Villes et Villages des Justes de France »…

Deux autres Avonnais ont été reconnus, à titre posthume, « Justes parmi les nations » pour avoir aidé, aux côtés du Père Jacques, des Juifs persécutés par l’occupant nazi et le gouvernement de Vichy, durant la Seconde Guerre mondiale : Rémy Dumoncel, maire d’Avon et Paul Mathéry, secrétaire de mairie.

C’est à ce titre que la ville d’Avon fait partie du réseau « Villes et Villages des Justes de France ». Elle contribue, avec le soutien du Comité français pour Yad Vashem, à entretenir le souvenir et les valeurs portées par les « Justes parmi les Nations ». Dans cet objectif, en juin 2015, à l’occasion du 70eanniversaire de la Libération, la ville d’Avon inaugurait la rue « des Justes »en leur honneur.

… décorée de la Croix de Guerre 1939-1945

La croix de guerre 1939-1945, instituée par décret-loi du 26 septembre 1939 à l’initiative du Président du conseil et ministre de la guerre Edouard Daladier, est une décoration militaire française destinée à distinguer, à titre individuel ou collectif, des actions héroïques pour la défense de la Patrie au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le 11 novembre 1948, la ville Avon recevait cette distinction pour honorer la mémoire de nombreux Avonnais morts pour la France. Entre autres, Rémy Dumoncel, Paul Mathéry, Lucien Canus, Etienne Chalut-Natal, Charles Ziegler, Léon Guéneau et Aristide Roux, tous élus ou administrateurs de la ville d’Avon, ont été arrêtés par les nazis et sont morts dans des camps de déportés en 1944 et 1945, pour être entrés en résistance contre l’occupant allemand. Au total 28 personnes ont été arrêtées à Avon et emmenées dans les camps de concentration nazis, soit parce qu’ils étaient résistants, soit parce qu’ils étaient juifs.

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Croix de Guerre 1939-1945

Biographie culturelle

  • Film de Louis Malle « Au revoir les enfants » sorti en 1987
  • Radio France Culture (97.9) Emission : Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties "Au revoir les enfants : les mots qu’on n’oublie pas".
  • Maryvonne Braunschweig, Bernard Gidel, Les déportés d’Avon, enquête autour du film de Louis Malle Au revoir les enfants, La Découverte, 1989.

Cinq enfants sous la protection du Père Jacques
Le Père Jacques, directeur du Petit Collège des Carmes, aidé de Rémy Dumoncel, maire d’Avon et de Paul Mathéry, secrétaire de mairie, tenta de protéger cinq enfants âgés de 12 à 18 ans, pourchassés par l’occupant nazi qui leur refusait le droit d’exister parce qu’ils étaient juifs.Le Père Jacques avait accueilli Hans-Helmut Michel, Maurice Schlosser, Jacques Halpern, Simon et Maurice Bas au couvent des Carmes et avec la complicité de Rémy Dumoncel et de Paul Mathéry, il leur a fourni une nouvelle identité (ces enfants sont ainsi devenus Jean Bonnet, Maurice Sabatier, Jacques Dupré, Lucien et Maurice Lefèvre). Malgré les efforts conjoints du Père Jacques, de Rémy Dumoncel et Paul Mathéry, Hans-Helmut Michel, Maurice Schlosser et Jacques Halpern furent arrêtés le 15 janvier 1944 puis assassinés à Auschwitz. Simon et Maurice Bas ont échappé à l’arrestation et ont survécu.
"Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier” - Talmud

Père Jacques

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Père Jacques

Né à Barentin près de Rouen, le 29 janvier 1900, Lucien Bunel décide très jeune de devenir prêtre. Ordonné en 1925, il est nommé professeur à l’institution Saint-Joseph du Havre. En 1931, il entre au noviciat des Carmes déchaux à Lille où il prend le nom de Jacques de Jésus. Il fonde le Petit Collège Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus à Avon en avril 1934 à la demande de son provincial, le père Louis de la Trinité, dans une partie du couvent des Carmes. Après la « drôle de guerre » (septembre 1939 - mai 1940), il reprend la direction du Petit Collège et entre dans un réseau de résistance. Arrêté le 15 janvier 1944 pour avoir caché des enfants juifs, il est dans un premier temps emprisonné à Fontainebleau, puis à Compiègne. Il sera ensuite déporté dans les camps de Neue Bremm, Mauthausen puis Gusen. Il meurt d’épuisement le 2 juin 1945 peu après la libération des camps.

Rémy Dumoncel

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Rémy Dumoncel

Né en 1888 à Romorantin (Loir-et-Cher), après des études de droit à l’université, Rémy Dumoncel entre en 1913 aux éditions Tallandier dont il devient directeur littéraire. Résidant à Avon, il est élu maire en 1935. Dès 1940, hostile non seulement à l’occupant nazi mais aussi au régime de Vichy, il entre en résistance et accueille des prisonniers évadés, les fait passer en zone libre, veille, en cette période de pénurie, à l’approvisionnement de ses administrés. Il procure des faux papiers à tous ceux qui en ont besoin : réfractaires au service du travail obligatoire, résistants, juifs... Il aide financièrement les auteurs juifs, interdits de publication. Il participe à l’entreprise de sauvetage d’enfants juifs mise en œuvre par le Père Jacques. Le 4 mai 1944, il est arrêté par la Gestapo à la gare d’Avon et déporté au camp de concentration de Neuengamme. Il y meurt d’épuisement le 15 mars 1945. Rémy Dumoncel a été reconnu « Juste parmi les nations » en 1985.

Paul Mathéry

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Paul Mathéry

Alsacien de naissance, Paul Mathéry était secrétaire de mairie à Torcy. Mobilisé en 1939, il se trouve, après l’armistice, en Alsace annexée et réussit, malgré l’interdiction, à franchir la nouvelle frontière. En septembre 1941, il est nommé secrétaire de mairie à Avon. Profondément anti-nazi, il héberge des Alsaciens évadés, devient agent informateur d’un réseau de résistance. En accord avec le maire Rémy Dumoncel, il établit les vrais faux papiers nécessaires aux enfants juifs cachés au Petit Collège des Carmes. Lors de la rafle du 15 janvier 1944 à Avon et Fontainebleau, il est le premier arrêté. Incarcéré à la prison de Fontainebleau, il y est torturé, puis il est interné à Compiègne avant d’être déporté au camp de concentration de Mauthausen. À 37 ans, il meurt d’épuisement et de maladie au camp annexe de Melk, le 2 août 1944. Il a été reconnu Juste parmi les nations en 2002.