Exposition de peinture de Philippe JACQUARD "Hiéroglyphes du rêve"

"HIÉROGLYPHES DU RÊVE"

Je peins depuis 1989. Mon parcours artistique n’a pas été linéaire puisque j’ai été contraint de l’interrompre de 2000 à 2009.

Ma recherche, reprise, donc, en 2009, s’articule autour de plusieurs « cycles », dont certains ont vu le jour il y a de nombreuses années. Il en va ainsi de « Peurs archivées » (pages 3 et 4) et des « Lettres », travail que je n’ai pas repris récemment, mais que j’évoque parce qu’un concept qui parcourt d’autres cycles s’y était vite imposé : celui de la tentation d’une « écriture blanche », chère à Barthes, dans la mesure où je m’y attache à établir ce constat de l’impossibilité de l’écriture qui, par une métamorphose obéissant à une mystérieuse loi organique (celle de la chrysalide qui devient papillon ?) se transformerait, à force de biffures, en peinture… Ces cycles se résumeraient à cette formule : écriture, biffure, peinture…

Ainsi, des « vestiges » d’écrits sont également visibles dans les « Peurs archivées » qui pourraient aussi renvoyer à la « figure nocturne » et à la « terreur [qu’elle] sécrète » – pour reprendre les mots de Lyotard. Comme dans les « lettres » la désaturation maximum est de mise, puisque le noir et le blanc, actants essentiels et presque exclusifs de ce travail y jouent de leur antagonisme. (C’est Motherwell, je crois, qui désignait grâce à ce terme le rôle joué par le noir et le blanc dans ses « Elégies ».) Je peins le plus souvent les « peurs » sur un papier kraft au grammage très faible, qui impose de grandes contraintes d’exécution : le papier se froisse, se plie sous l’effet de la gouache. Le marouflage est le moment de la révélation du résultat, il ramène l’œuvre à sa planéité, à sa frontalité, à la bi-dimensionnalité originelle du support.

D’autres cycles sont plus récents : « Jonas, ou l’artiste au travail », allusion au texte de Camus (deuxième de couverture et page 2), « fragments de nuits blanches » (pages 10 et 11) ou encore « terres échappées » (pages 5 et 7, pour lequel j’avais d’abord opté pour un titre en anglais « faisant » jeu de mot – « Escaped land » – dont la consonance me semble toutefois moins appropriée) et « Peurs bleues » (pages 8 et 9). Dans leur installation, « fragments de nuits blanches » et « terres échappées » sont associés à de courts textes acolytes. Les pièces du premier doivent être juxtaposées horizontalement (ce dont ne rend évidemment pas compte la présentation qui en est faite dans ce catalogue, page 10) : évocation d’une « marche rêvée » – imposant au regard une sorte de travelling – jalonnée d’étapes faites de « blancs » (celui du papier sur lequel sont montées les peintures) et du bleu qui domine le plus souvent sur les fragments (papiers imprimés retravaillés avec des techniques mixtes, et découpés de façon pas toujours rectiligne). Le second, en revanche doit avoir un développement dans les deux dimensions (page 5).

Je travaille alternativement (et sans fin…) chacun de ces cycles, dans des dispositifs distincts, mais toujours contraignants, qui m’obligent à travailler vite, favorisant ainsi une dérégulation du geste, que je recherche systématiquement.

Philippe JACQUARD

ENTREE LIBRE

Renseignements : 01 60 74 80 58

Pavillon de l’Érable
Domaine de Bel Ébat
Rue du Vieux Ru

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