Exposition : L’ombre qui nous habite

L’ombre qui nous habite

Pourquoi donner à cette exposition le titre d’une des toiles de Diego Velez ?

Peut-être parce qu’il exprime les obscurs méandres de la création artistique et illustre cette plongée dans un monde inconscient, dans cet autre nous-même, ignoré, créateur, perturbateur, insondable qui habite chacun de nous, et qu’une inspiration révèle sur la blancheur de la toile.
Une force créative se produit, surgit et devient réalité à travers la couleur, la matière, l’ombre et la lumière, réalité tangible et mystérieuse, invitation à la rencontre d’inconscient à inconscient, échange interrogatif, interprétation sensible, émotionnelle qui bouscule le rationnel et rejette le définitif.

C’est l’avantage du peintre de rendre partiellement vivante cette face ignorée de son être. Peut-être trouvera-t-elle écho dans l’imaginaire de son autre semblable, si différent soi-il. Peut-être cette rencontre fera-t-elle s’interroger le « regardant » sur sa propre ombre, cette part négligée de lui-même qui parfois déborde, submerge, aveugle et usurpe à son insu sa liberté ? Mais peut-être y trouvera-t-il aussi ce chaudron, source de création et d’évolution s’il accepte de l’écouter et de dialoguer avec lui ?

Les œuvres de Diego Velez s’inspirent également de notre mémoire ancestrale, des sédiments toujours vivants et agissants de notre inconscient collectif, souvenir des primes images archétypales, souvenir de la matière en fusion, du minéral, de l’aquatique, de l’animal qui est en nous.

Elles s’inspirent aussi de son passé politique. Les braises de la révolte couvent encore, le temps présent les ravivent, l’injustice, l’oppression, le manichéisme, la confusion d’un monde qui perd la boussole, qui vacille sur son axe. Le peintre met en lumière cette face obscure de l’humanité qui se pense évoluée.

Il nous présente ainsi des œuvres à l’expression puissante, foisonnante, sorte de lame de fond, mais dirigée, contrôlée, adoucie d’une sensibilité grave, nostalgique et lucide, animée d’un sentiment de finitude face à un monde à la dérive, dont il voudrait pouvoir comprendre les tréfonds, retrouver l’origine, découvrir l’alchimie.

C’est alors qu’il jette de l’or sur ses toiles, que le pessimisme devient couleur et qu’il nous entraîne dans un monde qui se crée, se recrée sous nos yeux, un monde bouillonnant, surgi des profondeurs du temps, des antres de la terre, des recoins de l’âme, celle des êtres de chair, emmurés en eux-mêmes, de vies logées dans la pierre, cachées dans la matière, enfouies, invisibles à nos yeux.

Diégo Velez nous offre un monde sans âge, un monde de symboles, un monde intérieur, le sien, mais aussi le nôtre tel que nous le ressentons, l’imaginons et le faisons vivre.

Béatrice Bâcle


- Horaires :
Pendant la durée des expositions
Mercredi de 15h à 19h et le week-end de 14h30 à 19h.

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Pavillon de l’Erable / Avon

Domaine de Bel Ebat
Rue du Vieux Ru
Tél : 01 60 74 80 58 (Galerie d’exposition)