Avec l’École Paul MATHÉRY, Avon honore un Juste

Paul Mathéry, fils de maçon et d’ouvrière cigarière, est né en 1907 au Val de Villé en Alsace. Ses études lui permettent de devenir employé de mairie, d’abord en Alsace puis en Seine-et-Marne. Mobilisé comme sergent-chef en 1939, il combat avec son régiment dans le Jura en 1940. La défaite de l’armée française l’oblige à trouver refuge en Suisse. De retour en France en 1940 il devient secrétaire de la mairie d’Avon en septembre 1941.

Paul Mathéry s’intègre très rapidement à l’équipe de résistants de la mairie d’Avon dirigée par le maire Rémy Dumoncel à laquelle appartenait aussi Lucien Canus, Etienne Chalut-Natal, Charles Ziegler, Léon Guéneau et Aristide Roux. Paul Mathéry noue en outre de profonds liens d’amitié avec le directeur du Petit-Collège, un internat catholique à la pédagogie innovante tenu par l’ordre des Carmes, le Père Jacques.

La résistance étant par nature constituée d’actions secrètes il est difficile de connaître avec précision le rôle de Paul Mathéry et des autres résistants d’Avon. Ce qui est certain c’est qu’il procure des faux papiers d’identité et des cartes de ravitaillement à de nombreuses personnes fuyant la répression nazie ou la police de Vichy comme à des réfractaires au Service du travail obligatoire, à des Alsaciens-Mosellans refusant de servir dans l’armée allemande et à des Juifs.

Paul Mathéry fournit ainsi de fausses identités aux enfants juifs cachés par le Père Jacques dans le Petit Collège des Carmes. Hans-Helmut Michel, Maurice Schlosser, Jacques Halpern et Maurice Bas deviennent alors Jean Bonnet, Maurice Sabatier, Jacques Dupré, et Maurice Lefèvre.

Le 15 janvier 1944, suite à une dénonciation, les forces allemandes commandées par Wilhelm Korf, le chef de la Gestapo de Melun, arrêtent d’abord Paul Mathéry à la mairie sous les yeux de sa femme et de sa fille de 12 ans Marie-Thérèse. Puis c’est au tour du Père Jacques et de trois des enfants juifs dans le Petit-Collège, seul Maurice Bas réussit à s’échapper. C’est l’histoire que Louis Malle, lui-même élève du Petit-Collège, raconte en 1987 dans son film Au revoir les enfants. Les trois enfants sont déportés d’abord à Drancy puis à Auschwitz où ils sont gazés dès leur arrivée le 6 février 1944.

Paul Mathéry et le Père Jacques sont incarcérés et interrogés longuement à la prison de Fontainebleau. Korf torture lui-même Paul Mathéry, en vain. Les deux hommes sont ensuite transférés au camp de Royallieu à Compiègne avant d’être déportés en Allemagne. Paul Mathéry est incarcéré à Melk, un camp annexe de Mauthausen, où il décède le 2 août 1944.

En 2002, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné à Paul Mathéry le titre de « Juste parmi les Nations » pour avoir sauvé des juifs lors de l’occupation allemande au péril de sa vie. La médaille qui a été remise à sa fille porte ces mots gravés : « quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ».

Avon peut s’enorgueillir d’avoir trois « Justes » parmi les siens : Rémy Dumoncel, le Père Jacques et Paul Mathéry.

Rémy Dumoncel, Paul Mathéry, Lucien Canus, Etienne Chalut-Natal, Charles Ziegler, Léon Guéneau et Aristide Roux, tous les sept élus ou administrateurs de la ville d’Avon ont été arrêtés par les nazis et sont morts dans des camps de déportés en 1944 et 1945.

Tous seront honorés en 2015 lors de la « Fête des Justes ». En reprenant les mots de l’Institut Yad Vashem nous pouvons dire que « l’hommage rendu aux Justes parmi les Nations revêt une signification éducative et morale : éducative, car les Justes prouvent que, même dans des situations d’intense pression physique et psychologique, la Résistance est possible et que l’on peut s’opposer au mal ; morale, car la reconnaissance envers ceux dont la conduite est exemplaire, est un devoir. »